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L'origine des Muses est divine. Elles étaient neuf soeurs, filles de Zeus, le roi des dieux, et de Mnémosyne, la déesse de la Mémoire, nées de neuf nuits d'amour. Elles résidaient sur le mont Hélicon, en Béotie, à côté des sources qui leur ont été consacrées, les sources d'Aganippe et d'Hippocrène. Chacune d'entre elles était la protectrice d'une activité bien précise de la pensée et de l'esprit, ainsi, que du savoir et de l'art. Le mot Musique a la même racine que Muse et ceci explique la suprématie de la musique sur l'univers et le pouvoir extraordinaire qu'elle a sur l'hornme et sur tout.
La mythologie et les légendes nous en fournissent quelques exemples, dans les aventures d'Ulysse (dans l'Odyssée) demandant à ses compagnons de l'attacher au mât de son bateau pour résister au chant des sirènes ou du joueur de flûte d'Hamelin entraînant derrière lui les rats puis les enfants. Sans oublier les nombreux animaux qui sont sensibles à la musique comme les dauphins ou encore les serpents, qui se laissent charmer par les fakirs.

La musique est le reflet d'une réalité surnaturelle et, chez l'homme, l'expression la plus directe des sentiments.

Dans l'antiquité, Plâton s'intéressa de près à la nature de la musique; il considérait notamment que les distances proportionnelles entre les sept notes correspondaient à celles qui séparent les sept circonférences, les sept sphères des planètes. Il pensait également (et il n'était pas le seul à le faire) que l'Univers était régi par un rythme musical.

Dans la mythologie, les Muses de la musique sont deux: Polymnie (muse des chants grecs qui jouait de la lyre) et Euterpe (protectrice de la musique lyrique et de la musique des flûtes). Parmi elles, c'est toutefois la seconde qui s'impose comme la muse de la musique par antonomase: elle est toujours représentée sous la forme d'une joueuse de flûte et son nom signifie littéralement «la toute réjouissante».

Faire référence aux Muses et, à travers elles, à l'origine divine de l'expression musicale, nous a semblé évident à l'heure où, à Bertrange, un Palais de la musique voit le jour.
 
Ivo Batocco, l'un des plus grands artistes italiens de la «peinture de citation», a été invité à exalter, à sa façon, cet événement, à travers un signe distinctif de son talent pictural. Il était certes difficile pour lui de renoncer à la pratique de narration qui s'incarne dans ce qui est sa connotation expressive préférée, à savoir la peinture figurative, à travers laquelle il nous offre en général de magnifiques «fresques» qui, avec beaucoup de virtuosité (Giambattista, Tiepolo fut, au XVIIIe siècle, l'un des représentants les plus talentueux du genre), racontent des épisodes de la mythologie et de l'histoire. Alors, dans ce cas, comment pouvait-il «représenter» la musique, à savoir un art qui est en soi quelque
chose d'impalpable; qui incarne le sentiment à l'état pur, ou presque; une harmonie qui ne se voit pas mais qui s'écoute, Batocco a résolu le problème en faisant appel au symbole, autrement dit à cette forme linguistique si particulière qui permet d'évoquer ou de représenter une conception, une vaste réalité, en la résumant à travers un ou plusieurs signes. Cette forme de réduction de l'ampleur passe à travers une vigoureuse synthèse qui devient une condensation de puissance. Par suite, le symbole est un élément extrêmement concentré d'énergies émotionnelles fortes d'une exceptionnelle puissance communicative.

Batocco a donc décidé de résumer l'intangibilité de la musique, l'ampleur de sa portée spirituelle (directement tendue en direction de l'infini) à travers un ou plusieurs signes extraits de son répertoire alphabétique, des symboles dont la signification étymologique, nous l'avons vu, évoque la capacité d'être ensemble en se condensant, voire en se fondant (le mot symbole dérive du grec antique sunballo = se mettre avec).

Tout en restant fidèle à sa spécificité picturale, qui consiste à manifester une forte sensibilité vis-à-vis des grands espaces, des champs larges, des grands formats, Ivo Batocco a donc représenté le ciel sur une toile. De fait, qui, plus que le ciel, pouvait donner un sens à la vastitude poussée jusqu'à l'infini? Ce ciel qui se situe là haut, dans un espace autre que l'espace humain bien défini.

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